Communiqué de presse : l'horloge sonne minuit pour les gouvernements qui ont fait une promesse
De nombreux pays n'ont pas atteint les objectifs de l'éducation des filles

Les fleurs et des peintures murales hautes en couleurs donnent à l'école un air convivial. La cloche sonne et Maguette Mbow, la directrice, suit d'un oeil fier les groupes d'élèves qui entrent en classe en bavardant et en riant. Mme Mbow connaît presque tous leurs noms, et beaucoup d'entre eux, surtout des filles, ne sont là que grâce aux talents de persuasion qu'elle a déployés pour convaincre leurs parents de les inscrire à l'école.
Mme Mbow a aussi d'autres raisons d'être fière. L'école primaire Ndiarème B a fait la une des journaux il y a cinq ans, lorsque le Secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan l'a choisie pour lancer l'Initiative des Nations Unies en faveur de l'éducation des filles.
L'Initiative s'appuie pour beaucoup sur des partenariats forgés entre une vaste gamme d'intervenants - enseignants, directeurs d'école, gouverneurs, élèves, parents et membres de la communauté - et aucun exemple n'illustre mieux l'action de ces alliances que l'école Ndiarème B.

À Ndiarème B, les parents, les associations d'enseignants et de mères, une association féminine et un réseau de bénévoles participent activement à la gestion de l'école. Ensemble, ils se chargent des travaux de réparation et d'entretien et lancent des campagnes annuelles d'inscription des enfants non scolarisés.
Des Comités départementaux pour la promotion de l'éducation des filles au sein du Ministère de l'Éducation travaillent avec les directeurs d'école sur le terrain et prennent part aux campagnes d'inscription.
Et d'autres intervenants ont aussi apporté une aide. Trois des 12 salles de classe de l'école ont été construites par le gouvernement sénégalais, et les autres par Aide et Action et la Banque islamique de développement. L'UNICEF a financé un puits équipé d'une pompe, et le Ministère national de l'Assainissement du Sénégal, avec l'aide de la Banque mondiale, a installé des latrines séparées pour les garçons et les filles. Plan International fournit du matériel scolaire et le FNUAP finance des cours de rattrapage pour les filles.
«Nous devons travailler en synergie si nous voulons réussir», explique Mme Mbow.
Les efforts de la communauté et de ses partenaires ont porté leurs fruits et aujourd'hui, 49 pour cent des élèves de Ndiarème B sont des filles, contre 35 pour cent en 1996, lorsque l'école a ouvert ses portes.
Des succès similaires ont été remportés dans l'ensemble du Sénégal. Tous les ans, le gouvernement et les communautés lancent des campagnes massives d'inscription à l'école, et depuis 1994, les taux de fréquentation scolaire ont augmenté de 30 points, pour atteindre 80 pour cent chez les garçons et 77,3 pour cent chez les filles. Durant la campagne de 2004, autant de filles que de garçons ont été inscrites à l'école primaire, à l'échelle du pays.

Ces progrès n'auraient pas pu être réalisés sans les efforts du gouvernement et des partenariats, et sans l'intérêt que le public a manifesté.
«Les médias ont joué un rôle actif en influençant la volonté politique et les vues du public sur l'éducation des filles au Sénégal», affirme Ibrahima Mbodji, correspondant du Soleil, un grand journal de Dakar, et vice-président du réseau de journalistes en faveur de l'éducation.
«Les journalistes ont commencé à parler des problèmes de l'éducation dans les années 1990, surtout ceux des filles, et leur intérêt ne s'est pas relâché depuis.»
«Personnellement, je souhaite que le Sénégal avance », ajoute M. Modji. « Pour développer le pays, nous avons besoin d'hommes et de femmes qui doivent être également instruits.»
Dans la plupart des régions, les progrès réalisés pour améliorer l'accès à l'éducation sont éclipsés par les forts taux d'abandon, notamment chez les filles.
Selon Mme Mbow : «Les filles, plus que les garçons, sont souvent obligées d'abandonner l'école parce qu'elles doivent aider à la maison, ou qu'elle sont mariées à un jeune âge pour que leur famille ait une bouche en moins à nourrir. Certaines peuvent être amenées à se prostituer pour augmenter le revenu de la famille.»
Les filles ont aussi tendance à abandonner lorsqu'elles n'ont pas de bons résultats (souvent parce qu'elles n'ont pas le temps d'étudier et de faire leurs devoirs), ou parce que leurs parents ne voient pas l'utilité, dans la vie quotidienne, de l'éducation «à l'occidentale » dispensée dans les écoles.
L'éducation des filles profite à la société
Les avantages de l'éducation des filles sont largement reconnus. Les filles instruites qui seront mères plus tard ont plus de chances d'avoir des enfants en meilleure santé et mieux éduqués, et ces derniers ont plus de chances de briser le cercle de pauvreté non seulement pour eux, mais aussi pour leur famille et leur communauté.
Au Sénégal, le gouvernement alloue le chiffre record de 33 pour cent du budget de l'État à l'éducation, et se charge de la construction des bâtiments scolaires et de la rémunération des enseignants. L'éducation de base est gratuite et obligatoire, et le gouvernement fournit le matériel nécessaire aux administrateurs des écoles.
Mais les parents et les communautés doivent contribuer aux dépenses d'eau, d'électricité, de téléphone et aux travaux de réparation - ce qui oblige certaines familles à retirer leurs enfants de l'école, notamment les filles.
«L'accès des filles n'est plus un problème pour nous», dit Mme Mbow. « Nous avons plus de filles inscrites que de garçons à l'heure actuelle. Mais pour ce qui est de les garder à l'école pour qu'elles finissent leur éducation de base, il y a encore des progrès à faire.»
La coopération est la voie de l'avenir
Malgré ces problèmes persistants, M. Mbodji est optimiste. «Je pense qu'il est possible de parvenir à l'éducation pour tous au Sénégal, et même avant 2015», affirme-t-il.
Quelles que soient les projections, il est évident que toutes les parties prenantes doivent y mettre du leur pour surmonter ces difficultés - d'une façon ouverte et intégrée.
Mme Mbow et les femmes de Ndiarème B ont des idées précises sur ce qu'il faudrait faire pour que les filles restent à l'école. «Il faut servir un repas à l'école, pour que les enfants apprennent mieux, surtout ceux qui sont trop pauvres pour apporter leurs propres provisions ; nous avons besoin d'aide pour monter un atelier d'informatique ou d'autres activités qui permettraient de financer le payement des fournitures et des réparations ; d'une pharmacie pour administrer les premiers soins ; et d'une bibliothèque scolaire.»
Oubliant toute timidité lorsqu'il s'agit de Ndiarème B, Mme Mbow vient d'envoyer une lettre au Secrétaire des Nations Unies Kofi Annan, pour lui rappeler sa promesse d'aider l'école, faite il y a cinq ans. «Je veux juste m'assurer que l'aide continue d'arriver», dit-elle.