Information par pays

Swaziland: Actualité

Swaziland : une enseignante revient dans son pays pour s'attaquer aux barrières qui entravent l'éducation des filles

©UNICEF NYHQ/2005/Allyson Alert
Sibili Nsibande

Sibili Nsibande jouait déjà un rôle important dans sa communauté du fait de son métier de professeur au lycée St. Annes à Malkerns Valley, au Swaziland. Aujourd'hui, après une année d'études passée à l'University of Pennsylvania, aux États-Unis, elle rentre dans son pays avec une formation dans des domaines tels que la sexualité des adolescents et l'organisation de clubs scolaires. Elle est prête à s'attaquer de front aux difficultés que les enfants, et surtout les filles, rencontrent pour rester à l'école dans ce pays qui enregistre le taux le plus élevé du monde de prévalence du VIH/SIDA chez les adultes.

« Les filles sont confrontées à d'énormes difficultés à l'école », dit Mme Nsibande, qui conseille à titre bénévole les filles de son lycée, et est donc au courant de leurs préoccupations et de leurs soucis personnels. Bien que l'accès des filles à l'école ne pose pas problème au Swaziland, dans le secteur de l'éducation, plusieurs facteurs ont un impact que seules les filles ressentent, ou qui réduisent davantage leur possibilité de rester à l'école. Des barrières érigées par la pauvreté, la pandémie incontrôlée de VIH/SIDA, les inégalités entre les sexes et la capacité insuffisante des écoles les empêchent de profiter d'une éducation de bonne qualité et adaptée à leurs besoins dans un cadre sans risques.

Les coûts de l'éducation

Les taux d'abandon dans le primaire et le secondaire sont élevés. Plus des deux tiers des familles sont pauvres, et beaucoup de parents ont du mal à payer les frais de scolarité et autres coûts associés, souvent bien au-dessus de leurs moyens. La sécheresse qui sévit dans le pays depuis quatre ans a aggravé la vulnérabilité des familles dont la survie dépend en grande partie de l'agriculture. Alors que de nombreux soutiens de famille tombent maladies ou meurent du SIDA, ceux qu'ils laissent derrière eux doivent se débrouiller tant bien que mal pour satisfaire leurs besoins de base.

Si les enfants dont les parents sont vivants peuvent négocier le versement de leurs frais de scolarité, selon Mme Nsibande, les orphelins quittent souvent l'école pendant de longues périodes parce qu'ils ne peuvent pas payer. Parfois, ils reviennent en classe « en cachette » pour continuer à apprendre.

Pour elle, les coûts « cachés » de la scolarité, entre autres, l'achat d'un uniforme, pénalisent aussi les filles de manière disproportionnée. Elle explique que : « l'uniforme revient plus cher aux filles car elles ont besoin de plusieurs tenues », par exemple, une tenue de sport et une tunique.

Absence de sexospécificités

Les moeurs sociales du Swaziland empêchent parfois de reconnaître certains obstacles à l'éducation. « J'ai réalisé que des problèmes sans importance que je considérais comme des plaisanteries dans mon pays étaient en réalité de véritables obstacles », dit-elle, ajoutant que : « le fait d'être à l'UNICEF m'a fait comprendre combien ces petites plaisanteries blessaient les filles, sur le plan émotionnel ».

Bien que les femmes soient surreprésentées parmi les enseignants, les directeurs d'écoles sont en majorité des hommes. Cette absence de modèles féminins à des postes de responsabilité influe sur l'idée que les filles se font de leurs propres capacités. Mme Nsibande explique que « le secteur de l'éducation est le premier secteur formel auquel les filles sont exposées, et voyant qu'un homme occupe en tout temps une position d'autorité, elles [les filles] lui vouent un respect sans borne. »

De même, les manuels utilisés dans les écoles ne tiennent pas compte des sexospécificités. Ils contiennent des illustrations montrant des femmes et des filles travaillant comme domestiques ou s'occupant des enfants, alors que les hommes et les garçons sont représentés en train de faire du sport. Ce déséquilibre entre filles et garçons se reflète aussi dans la distribution des travaux d'entretien à faire à l'école.

La malédiction du VIH/SIDA

Au Swaziland, l'éducation a subi de plein fouet les effets de la pandémie de SIDA : la proportion d'enfants qui finissent leurs études primaires et secondaires a diminué et la situation empire à mesure que l'impact de la maladie se fait pleinement sentir. Bien que le SIDA ne soit pas, selon elle, la seule raison qui empêche les enfants de venir à l'école, Mme Nsibande reconnaît que « l'absentéisme a augmenté .[ainsi que] les retards, surtout parmi les filles ».

Et les écoles refusent toujours d'aborder des sujets comme la prévention du VIH et la sexualité des adolescents. « Je crois que les enseignants ne sont pas équipés pour s'attaquer aux problèmes d'aujourd'hui ... Ils n'ont reçu aucune formation structurée », dit-elle. En outre, la prévention du VIH pourrait être abordée dans les cours de biologie, d'éducation sanitaire ou de nutrition et d'alimentation, mais tous les élèves ne choisissent pas ces matières. Et surtout, elle ne fait pas partie du programme d'études obligatoire, mais est laissée « à la discrétion » des professeurs. »

Mme Nsibande mène une « vendetta personnelle » contre le SIDA, et croit que si la sensibilisation progresse, si des clubs anti-SIDA clubs sont formés et si davantage de parents parlent à leurs enfants, le taux de l'infection reculera. Les filles posent maintenant des questions et sont désireuses de changer leur comportement, ce qui sont des signes positifs.

Une vulnérabilité accrue

Les grossesses d'adolescentes font aussi obstacle à l'éducation des filles. Le Swaziland enregistre des taux élevés de mariage et de procréation précoces, mais le taux d'utilisation de moyens contraceptifs reste inférieur à 30 pour cent. Selon Mme Nsibande, la plupart des accouchements dans les hôpitaux concernent des adolescentes. Ces filles sont stigmatisées et ridiculisées, et sont souvent renvoyées de l'école ou obligées d'en partir d'elles-mêmes. Cette marginalisation a aussi donné lieu à une vague d'abandon d'enfants. Les agressions sexuelles d'élèves par des professeurs de sexe masculin sont aussi fréquentes.

Mme Nsibande fait valoir que pour satisfaire leurs besoins et leur désir de posséder un téléphone portable, de l'argent et une belle voiture, « de plus en plus de filles se retrouveront » sous la dépendance d'hommes plus âgées qu'elles ou de « protecteurs ». Un nombre accru de filles se livrent au commerce du sexe, et celles qui ont entre 10 et 15 ans trouvent facilement des emplois de domestiques, ce qui encouragent leurs parents à les retirer de l'école.