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Soudan: Actualité

Soudan : des radios communautaires permettent de communiquer avec des populations difficiles à atteindre

©UNICEF/Sudan/2004
Les groupes d'écoute de ComRadio ont contribué à faire évoluer les attitudes en faveur de l'éducation des filles.

KHARTOUM, Soudan, juin 2005 - Dans un pays où les zones rurales restent difficiles d'accès, où les adultes sont souvent illettrés et où le nombre de dialectes locaux s'élève, dit-on, à plus de 500, la communication peut s'avérer problématique. Comment aborder des questions essentielles sur la santé, l'hygiène, la survie et l'éducation si les gens ne savant pas lire, n'ont pas l'électricité - et donc pas la TV - et parlent des langues différentes ? La réponse tient en deux mots : radio communautaire !

L'idée est simple. Réunir des représentants de la communauté, des hommes, des femmes et des jeunes, leur donner une radio cellulaire et les laisser débattre, dans leur langue locale, sur des sujets liés à leur vie quotidienne dans la communauté. C'est ce qu'a fait l'UNICEF, en collaboration avec la Sudan Radio and Television Corporation !

Ou presque !

Le projet Groupe d'écoute de la radio communautaire - ou ComRadio, comme il a été appelé plus tard - a démarré en 2002 pour donner une voix aux communautés marginalisées qui n'étaient pas habituellement représentées dans les médias. Le projet contribue aussi à informer le public sur des questions de base afin d'améliorer les soins et le développement des enfants, ainsi que le bien-être général. Plus simplement, ComRadio permet aux habitants des communautés isolées d'exprimer leurs préoccupations, tout en diffusant en même temps des messages sur l'éducation, le VIH/SIDA, les mutilations génitales féminines, la vaccination, le danger des mines, etc. Pour l'UNICEF, ComRadio est une stratégie efficace pour donner aux membres de la communauté la possibilité d'engager un dialogue entre eux et avec des partenaires sur des questions de développement clés.

Les membres du groupe d'écoute se réunissent à un endroit donné et à heures fixes chaque semaine. Des coordinateurs sont choisis à la station de radio et dans la communauté, ils apprennent à se servir du matériel pertinent, et ils reçoivent une formation sur la façon d'animer un débat.

Après l'émission, un animateur de groupe engage une discussion sur le programme et demande aux participants de faire des suggestions sur les thèmes qu'ils aimeraient voir traiter dans de futures émissions. Les réponses sont consignées par écrit et envoyées au coordinateur de ComRadio à la station de radio. Ces rapports et les visites sur le terrain faites par le coordinateur/la coordinatrice l'aident à évaluer le niveau de compréhension, à se faire une idée des attitudes ou des réactions générales aux messages promus sur les ondes, et de les modifier et de les améliorer en conséquence.

L'idée n'est pas seulement simple, elle est efficace. L'impact de ComRadio sur certaines communautés est à présent indéniable. À Kassala, par exemple, une localité réputée extrêmement conservatrice, les groupes d'écoute ont permis de faire évoluer les attitudes en faveur de l'éducation des filles et ont convaincu les communautés de construire de nouvelles salles de classe. Ces groupes entièrement composés de femmes discutent à présent ouvertement de sujets autrefois considérés comme tabous, notamment le VIH/SIDA et la mutilation génitale féminine.

À Damazeen, dans l'État du Nil bleu, le taux de fréquentation scolaire a augmenté depuis que des groupes d'écoute se sont constitués. Après la diffusion d'émissions sur l'éducation - notamment l'éducation des filles - une nouvelle salle de classe a été bâtie dans l'une des communautés, et les membres d'un groupe d'étude d'une autre communauté ont demandé au gouvernement de leur envoyer des enseignants. En outre, des manuels scolaires ont aussi été distribués après que les groupes d'études eurent dénoncé la pénurie de matériel dans les écoles.

À ce jour, près de 400 groupes d'écoute de ComRadio sont actifs dans huit États, émettant dans 40 langues ou dialectes. Plus de 100 membres de stations de radio ont été formés et plus de 384 émissions ont été produites et diffusées. SudMedia, une société de production et de formation spécialisée dans les médias, a fourni l'aide technique nécessaire au projet.

Une goutte d'eau dans l'océan, diront certains, mais l'impact du projet est tangible et l'UNICEF et le service de radiodiffusion soudanais ont bien l'intention de l'étendre dans les années à venir.