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Papouasie-Nouvelle-Guinée: Actualité

Des villageois de Papouasie-Nouvelle-Guinée mettent leurs ressources en commun pour payer des frais de scolarité inabordables

©UNICEF/Stark-Merklein
Sur les hauts plateaux isolés de Papouasie-Nouvelle-Guinée, où vit Tine Samson, 16 ans, de nombreux habitants pratiquent l'agriculture de subsistance et n'ont pas d'argent pour payer les frais de scolarité de leurs enfants.

La Papouasie-Nouvelle-Guinée est un pays d'une riche diversité, où des valeurs et des modes de vie à la fois anciens et nouveaux coexistent au sein d'une société en pleine mutation. Tandis que dans les villes, une classe moyenne peu nombreuse et instruite mène une existence sophistiquée, dans les zones rurales, de nombreux habitants survivent en pratiquant l'agriculture de subsistance. Comme d'autres familles pauvres, notamment celles des hauts plateaux isolés du pays, ils n'ont pas l'argent nécessaire pour payer les frais de scolarité de leurs enfants. Il s'ensuit que les taux d'inscription et de fréquentation scolaire de Papouasie-Nouvelle-Guinée sont parmi les plus faibles d'Asie de l'Est et du Pacifique, et que l'écart entre les filles et les garçons dans l'enseignement primaire est le plus élevé de la région. Récemment, les villageois d'une région isolée ont mis leurs ressources en commun pour envoyer davantage de filles à l'école.

DISTRICT DE KUNDIAWA, PROVINCE DE CHIMBUTU, Papouasie-Nouvelle-Guinée, 25 mai 2005 - Aujourd'hui n'est pas une journée comme les autres à l'école primaire de Gaglmambuno, située dans une région isolée des hauts plateaux de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Les élèves et les professeurs attendent devant le bâtiment l'arrivée des villageois conviés à célébrer le deuxième anniversaire de l'initiative School Fees Akepile, un fonds collectif créé par les communautés pour payer les frais de scolarité de tous les enfants.

Parmi ceux qui attendent se trouvent deux élèves, Tine Samson et Maria Maine, toutes deux 16 ans. Elles ont revêtu leurs parures traditionnelles et les plumes d'oiseaux de paradis qui agrémentent leur coiffure élaborée ondulent légèrement dans la brise matinale.

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, la plupart des filles sont obligées d'abandonner l'école avant la fin du cycle primaire, mais Tine et Maria sont encore là et vont bientôt entrer en huitième année.

Des cris de bienvenue résonnent de part et d'autre de la montagne, alors qu'arrivent les délégations de neuf communautés voisines venues apporter leur contribution. Chaque groupe, précédé par un cortège de danseurs et de danseuses en costume traditionnel et parés d'ornements aux vives couleurs, porte un long bâton de bambou sur lequel sont collés les billets de banque qu'ils ont collectés.

« Grâce à School Fees Akepile [que l'on peut traduire, en gros, par aide aux frais de scolarité], le nombre d'élèves de l'école de Gaglmambuno est passé de 104 en 2004 à 240 », dit John Kawage, fonctionnaire de l'éducation au niveau de la province. « Pour la plupart, les bénéficiaires sont des filles qui, sans ce programme, auraient abandonné leurs études, vu que leur famille ne pouvait pas payer les frais de scolarité », ajoute-t-il.

Les frais de scolarité sont un fardeau financier pour de nombreuses familles, notamment celles qui pratiquent l'agriculture de subsistance et qui n'ont pas, ou peu, de revenus en argent. Si les parents doivent faire un choix, ils préféreront envoyer leurs fils à l'école plutôt que leurs filles. De nombreuses familles ne voient pas l'utilité d'éduquer les filles que la tradition relègue à un statut inférieur dans la société, et dont la place est à la maison, pour vaquer aux travaux domestiques. Souvent, les familles retirent les filles de l'école pour les marier et empocher la dot. Comme elles partent vivre dans la famille de leur mari après les noces, leurs parents ne tirent aucun avantage de l'éducation de leurs filles.

Tine et Maria sont heureuses que leurs parents leur aient permis d'étudier, à elles et à leurs soeurs, bien que leurs mères ne soient pas allées à l'école. « Naturellement, nous faisons notre part de travail, au jardin et à la maison, » disent les filles, « pour que tout le monde y trouve son compte. »

Dans l'ensemble, les taux d'inscription et de fréquentation scolaire sont faibles en Papouasie-Nouvelle-Guinée : sur dix enfants de 7 à 12 ans, sept sont inscrits à l'école et seulement quatre finiront leur huitième année. Les chiffres sont particulièrement bas pour les filles : sur dix filles de 7 à 12 ans, six sont inscrites à l'école, mais seulement trois finiront leur huitième année.

À l'école primaire de Gaglmambuno, tout a changé l'an dernier lorsque les ecclésiastiques, les chefs de la communauté, les parents et les enseignants ont décidé de lancer le projet School Fees Akepile et que le gouvernement, avec l'aide de l'UNICEF, a fait adhérer l'école à un programme pilote destiné à accélérer l'éducation des filles.

« Le projet d'aide aux frais de scolarité est le premier de ce genre jamais lancé en Papouasie-Nouvelle-Guinée », explique M. Kawage. « Il demande à tous les membres de la communauté, qu'ils aient ou non des enfants à l'école, de contribuer aux frais de scolarité de tous les jeunes du village. Et comme c'est l'ensemble de la communauté qui paye, tout le monde surveille que les enfants sont réellement à l'école. » S'inspirant d'une coutume ancestrale en Papouasie-Nouvelle-Guinée qui consiste à mettre ses ressources en commun pour payer collectivement la dot et les coûts de compensation de la mariée (appelé le système wantok), le fonds vient en aide aux enfants défavorisés, aux orphelins et aux enfants dont les parents sont pauvres ou infirmes.

L'enceinte de l'école de Gaglmambuno se remplit rapidement de monde et une foule compacte se presse autour du promontoire qui sert de podium au directeur pour annoncer par mégaphone le montant des contributions de chaque village. Une par une, les neuf délégations s'avancent avec cérémonie pour remettre leurs bâtons couverts d'argent. Tine et Maria conduisent les invités d'honneur à leur siège sur le podium. En contrebas, les spectateurs applaudissent les danseurs, les joueurs de tambours et les acteurs qui jouent des sketches pour illustrer les avantages mutuels de l'aide que la communauté apporte à ses membres.

Le directeur et les professeurs comptent les billets de banque et annoncent fièrement le montant total des contributions : 4 410 kina ou 1 416 dollars. La foule entonne des chants pour manifester son approbation.

Alors que la cérémonie se termine, Tine et Maria expliquent comment le projet School Fees Akepile les a aidées. « Nos parents se plaignent parfois de la cherté des frais de scolarité, » disent-elles, « mais grâce à ce programme, nous espérons bien continuer nos études au-delà de la huitième année. » Maria, dont le père fait partie du clergé, souhaite prendre le voile. « Je suis très attirée par la religion », dit-elle en baissant les yeux. Tine envisage l'avenir avec enthousiasme. « J'adore la science et l'économie domestique », dit-elle en souriant, « et je veux étudier pour devenir professeur. »

La voie à suivre : participation de la communauté, amies écoles des enfants et partenariats

Selon le Dr Isiye Ndombi, représentant de l'UNICEF à Port Moresby, la participation des communautés, comme dans le cas du projet School Fees Akepile, l'accélération des programmes en faveur de l'éducation des filles par le gouvernement et les écoles amies des enfants montrent la voie à suivre - ainsi que la création de partenariats. « Nous travaillons avec plusieurs types de partenaires, divers ministères du gouvernement, des universités, des organisations non gouvernementales et des églises, pour inciter les filles à aller à l'école », explique-t-il. « À l'heure actuelle, nos partenaires les plus importants sont les églises, qui gèrent plus de 60 % des écoles dans le pays [Gaglmambuno, par exemple, est administrée par l'Église catholique]. Mais nous forgeons aussi des partenariats avec le secteur privé. Nous avons gagné plusieurs entreprises à notre cause et nous poussons davantage de sociétés locales à « adopter » une école et à lui fournir le matériel et l'aide dont elle a besoin. »

Ces initiatives ont déjà permis d'augmenter la participation des femmes dans des communautés qui, traditionnellement, ne leur offrent que des opportunités limitées. C'est une étape importante, pour le Dr Ndombi, car « la pauvreté qui s'étend dans le pays ne pourra être vaincue que si nous éduquons la génération suivante et si nous parvenons à libérer le potentiel inexploité des femmes.»


 
Essai photo (en anglais)