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Pakistan: Actualité

Un grand pas en avant en faveur de l'égalité des sexes dans le Punjab

©UNICEF Pakistan/Zaidi
En raison de l'enthousiasme suscité par l'initiative en faveur de l'éducation des filles, l'école publique de filles de Shahpur n'a plus assez de pupitres pour toutes les élèves.

Par une journée chaude et humide à l'école publique de filles de Shahpur, Sidra Yasmin se lève devant une classe d'élèves attentives de six ans et compte avec assurance jusqu'à 100. « Avant, je restais à la maison avec mes soeurs aînées pour m'occuper de mon père malade », dit Sidra. « Ma mère travaille comme servante, et c'est nous qui faisons tout le travail à la maison. Puis, un jour, j'ai dit à mes parents que j'avais décidé d'aller à l'école. Je veux apprendre à lire et à écrire. Ils ne sont pas fâchés que je sois là. En fait, ils sont fiers de moi. »  

Sidra et ses 92 camarades de classe s'entassent à trois par pupitre, mais chacune a ses propres manuels scolaires. À la fin de la première année, elles auront acquis les bases du calcul, de la lecture et de l'écriture, ainsi que des connaissances générales sur la religion. 

À côté, au centre d'éducation préscolaire, une fillette de cinq ans au teint pâle et aux yeux bleus renifle dans son mouchoir. Elle se lève, cherche son cartable et éclate en sanglots. L'institutrice se penche vers elle pour lui glisser quelques mots rassurants à l'oreille. En se reculant pour laisser passer la fillette, elle explique : « Elle rentre chez elle, voir sa mère ». Puis elle regarde sa nouvelle élève traverser la cour de terre battue et quitter l'enceinte de l'école. « Ce n'est que son deuxième jour, et elle a peur. Il ne sert à rien d'être strict si nous voulons lui faire aimer l'école. »

Ces deux filles qui vont à l'école, l'une à contrecoeur et l'autre avec la plus grande joie, témoignent du succès d'une vaste réforme de l'éducation menée dans le Punjab, la province la plus densément peuplée du Pakistan. Afin de scolariser tous les enfants de cinq à neuf ans, l'administration du Punjab a adopté une législation qui rend l'école obligatoire, qui a supprimé les frais de scolarité jusqu'au niveau du lycée, et qui a approuvé la distribution gratuite de manuels scolaires.

En collaboration avec le Ministère de l'Éducation du Punjab, l'UNICEF et ses partenaires contribuent à transformer cette vision en réalité à travers le Projet pour une éducation primaire universelle de bonne qualité lancé en 2003 avec des fonds provenant du gouvernement norvégien. L'objectif est de donner une éducation élémentaire de bonne qualité à tous les enfants, en mettant l'accent sur l'éducation des filles, comme le veut l'Objectif du Millénaire pour le développement relatif à l'éducation primaire universelle et égale d'ici à 2015.

L'UNICEF a choisi six districts où les taux d'inscription étaient particulièrement faibles : le Kasur, le Mianwali, le Rahim Yar Khan, le Rajanpur, le Sargodha et le Sheikhupura. Un peu plus de la moitié des 1,4 million de jeunes entre cinq et sept ans vivant dans ces régions n'étaient jamais allés à l'école.

La mobilisation de la communauté fait progresser le nombre des inscriptions

La participation de la communauté est un facteur essentiel de cette campagne d'inscription des enfants à l'école. Au début du projet, des organisations locales, soutenues par l'UNICEF et le Ministère de l'Éducation, ont appris aux enseignants et aux bénévoles des communautés de 4 800 villages ruraux à répertorier les enfants non scolarisés. En frappant aux portes, ils ont interrogé les familles de toutes les maisons où vivaient des enfants. En prenant le thé et le café, ils ont vivement recommandé aux parents d'envoyer leurs enfants à l'école.

© UNICEF Pakistan/Zaidi
Dans un autre établissement, l'école publique de filles de Kotala Rajanapur dans le Punjab, les élèves lisent les manuels gratuits fournis par le gouvernement de la première à la huitième année.

À la fin de la première année, plus de 304 000 enfants de cinq à sept ans avaient franchi les portes des écoles primaires. Le taux d'inscription dans ces communautés était de 85 pour cent, contre 50 pour cent en moyenne dans le reste de la province. L'année suivante, en 2004, il a dépassé la cible de 90 pour cent fixée par l'UNICEF. Cette approche communautaire a tellement bien marché que le gouvernement pakistanais l'a appliquée dans 16 autres districts du pays pour encourager les enfants à venir à l'école.

L'abandon scolaire reste un problème

Toutefois, des classes bien remplies ne signifient pas pour autant que tous les élèves réussissent. Dans le passé, un enfant sur deux inscrit à l'école dans le Punjab n'a pas terminé son cycle primaire. Ce taux d'abandon de 50 pour cent est comparable à la moyenne nationale, qui est l'une des plus élevée au monde.

Ces statistiques indiquent qu'en raison de préjugés sexistes, les garçons sont plus nombreux que les filles à rester à l'école. Dans le Punjab, deux filles sur trois abandonnent avant d'avoir terminé l'école primaire. L'une des raisons de ce taux extrêmement bas est que dans la société patriarcale et conservatrice du Punjab, une fille qui va à l'école est souvent considérée comme enfreignant des codes de conduite religieux et culturels.

À Shahpur, les nouvelles élèves étaient si nombreuses en première année qu'il a fallu les répartir en deux groupes. Pourtant, si l'expérience du passé se répète, la plupart de ces enfants auront abandonné dans deux ou trois ans. En quatrième année, par exemple, elles n'étaient plus que 26 en classe. L'une des enseignantes de Shahpur explique : « Toutes les filles ont le droit de recevoir une éducation, mais lorsqu'elles atteignent la puberté, leurs frères et leurs pères les obligent à abandonner leurs études. Ils leur disent que maintenant qu'elles sont grandes, elles doivent rester à la maison, et ne pas se montrer dans la rue. »

La qualité de l'éducation s'améliore

L'accent mis sur une éducation de qualité dans le programme de pays actuellement mené par l'UNICEF contribue déjà à réduire le taux d'abandon scolaire. Par le biais de 18 organisations locales et des coordonnateurs de l'administration, l'UNICEF forme 30 000 enseignants à des méthodes pédagogiques adaptés à l'enfant et qui tiennent compte des spécificités propres à chaque sexe, et évalue leur performance. 150 écoles ont aussi été sélectionnées pour participer à un projet pilote dont le but est d'élaborer des activités qui stimulent le développement de l'enfant.

Les membres des 13 500 conseils scolaires savent déjà évaluer la présence des enfants et des enseignants à l'école, ainsi que le taux d'inscription des enfants non scolarisés. L'UNICEF travaille en étroite collaboration avec le département de l'Éducation du district et a formé 180 responsables de l'éducation au niveau du district à une approche de l'éducation fondée sur les droits.

Il semble que les efforts déployés au nom de l'éducation pour tous aient aussi eu un impact important dans un autre domaine - la compréhension de ce qui est enseigné. Une enquête réalisée auprès d'anciens élèves de l'école primaire dans le Punjab a révélé qu'ils ne retenaient et ne comprenaient qu'un tiers du programme d'études standard.

Chiffre tout aussi révélateur, seulement 34 pour cent des professeurs interrogés étaient en mesure de réussir les examens de compétence à l'enseignement dans le primaire. Néanmoins, les parents sont déterminés à ce que leurs fils et leurs filles restent à l'école, et se rendent de plus en plus compte qu'ils étudient dans un cadre qui leur permet vraiment d'apprendre.

« Mes filles sont les premières à aller à l'école dans la famille », confie Azra Batool, qui est membre du Conseil de l'école de Shahpur. « Le beau-père du directeur ... a persuadé mon mari de les y envoyer. Récemment, quand il est mort, ma fille s'est levée et lui a rendu hommage, en disant qu'il lui avait ouvert les portes de l'avenir ... À présent, elle veut faire un baccalauréat en formation des enseignants. »