Communiqué de presse : l'horloge sonne minuit pour les gouvernements qui ont fait une promesse
De nombreux pays n'ont pas atteint les objectifs de l'éducation des filles

« Je sais que j'ai de la chance, » dit-elle en jetant un coup d'oil vers sa sour Suzana, 18 ans, qui n'a jamais pu finir l'école primaire. « Parfois, je me sens aussi coupable parce qu'elle doit aller travailler aux champs avec notre mère alors que je peux aller en classe et apprendre des tas de choses. »
Branca est en quatrième année à l'école primaire de Matete, dans la province de Malange au Nord-ouest de l'Angola. Elle a pris environ cinq ans de retard par rapport au cycle scolaire normal, mais ce n'est pas une surprise dans ce pays qui a été ravagé par la guerre.
Matete offre un exemple frappant de la destruction sans précédent des infrastructures publiques provoquée par les trois décennies de la guerre civile qui a fait rage ici. Fenêtres, portes, toilettes, adduction d'eau et même pupitres et chaises n'existent pratiquement plus dans les écoles de village.
« La plupart des habitants du village ont du fuir au plus fort des combats pour chercher refuge dans les pays voisins ou dans d'autres provinces, » explique Isabel Francisco, une enseignante. « La majorité des enfants qui ont été déplacés, particulièrement les filles, n'ont simplement pas eu la possibilité d'aller à l'école. »
Des partenariats pour accélérer les progrès
Dans le cadre de sa campagne Écoles pour l'Afrique, l'UNICEF soutient les efforts du gouvernement angolais pour réhabiliter et construire des écoles dans tout le pays. Malange est une des premières provinces à profiter de cette action.

Les efforts de reconstruction sont complétés par des programmes de sensibilisation axés sur l'inscription des filles à l'école et leur succès scolaire. Depuis la fin du conflit en 2002, l'UNICEF a aidé à la formation de plus de 20 000 enseignants dans le cadre d'une grande campagne Retour à l'école. Grâce à l'utilisation d'un programme soigneusement conçu, chacun de ces enseignants a été formé à des méthodes destinées à promouvoir l'éducation des filles dans leur milieu social et à tenir compte en classe des sensibilités différentes des garçons et des filles.
« Les enseignants sont parmi les personnes les plus qualifiées et les plus respectées dans une collectivité. Ils ont les moyens d'influencer les enfants en classe par. des comportements qui prennent en compte les différences entre garçons et filles ainsi que de transmettre aux familles les messages clés destinés à les encourager à aussi faire éduquer les filles, » explique Jose Luis Encinas, un responsable du programme de formation des enseignants.
Branca et sa maîtresse d'école ont profité toutes deux de cette approche. Après avoir reçu la formation soutenue par l'UNICEF, Isabel Francisco a rendu visite aux parents de Branca et a réussi à les convaincre qu'il n'était pas trop tard pour l'inscrire à l'école primaire.
Des obstacles persistants
« C'est un processus lent et ardu, » admet madame Francisco qui a participé aux efforts pour éliminer les inégalités entre garçons et filles dans les écoles de Matete en mobilisant les familles, les responsables religieux et les membres des communautés traditionnelles. « Aujourd'hui vous pouvez avoir réussi à faire entrer une nouvelle fille dans la classe, mais demain il est très probable que vous la verrez de retour aux champs ou sur les marchés improvisés au bord des routes, complètement démoralisée par les conditions rencontrées à l'école et honteuse de son âge et de son retard intellectuel. »
Branca et une autre fille sensiblement du même âge sont en classe avec douze garçons. Les cinq écoles de Matete comptent 437 garçons contre seulement 177 filles.

Le manque d'équipements adéquats contribue à la réticence des familles concernant l'éducation de leurs filles. « Eau et assainissement sont par exemple absolument indispensables pour que les filles se sentent à l'aise à l'école, surtout à un certain âge, quand elles ont besoin d'installations sanitaires adéquates et de la possibilité de s'y isoler, » explique Peter de Vries, le directeur du programme éducation de l'UNICEF en Angola.
Quand on interroge Branca sur l'état de sa salle de classe, elle baisse simplement les yeux vers le sol.
Comme l'explique Antonio Monteiro, un directeur d'école : « Nous avons des enseignants relativement bien qualifiés et nous recevons du matériel scolaire de l'UNICEF, mais regardez nos locaux.. C'est désolant.»
« La solution à la restauration du système scolaire angolais et à l'intégration positive et durable des filles en son sein doit comporter des interventions à des niveaux multiples, explique Peter de Vries. Nous avons posé les premiers jalons avec la formation de milliers d'enseignants bien conscients et bien convaincus de l'importance d'éduquer les filles. Nous devons maintenant passer à la vitesse supérieure et leur fournir des équipements plus nombreux et de meilleure qualité afin de réaliser la seule chose qui assurera au pays une paix longue et durable : une éducation de qualité pour tous, filles et garçons.»